Cette section s'attarde a présenter quelques informations sur le développement du cerveau, siège de l'intelligence, aux différentes étapes de la vie.

DÉVELOPPEMENT GÉNÉRAL

Plusieurs adultes sont analphabètes ou « illettrés » dans l’un ou l’autre champ. Cela explique aussi qu’un adulte ne peut solutionner tous les problèmes qui se posent à lui ou à son environnement. La plupart des personnes ont développé une expertise propre au champ d’une intelligence, ou se situent à la conjonction de deux intelligences. Cette conjonction favorise leur l’intégration socioprofessionnelle ou socio culturelle. La personne est apte à l’interprétation, à la traduction ou à l’exploitation d’un langage pour communiquer, analyser, critiquer, évaluer et, bien évidemment, résoudre des problèmes.

Le niveau de maîtrise des langages varie en fonction des exigences propres à la fonction et, bien entendu, d’une personne à l’autre. Le fait d’avoir obtenu une certification professionnelle ou d’exercer avec maîtrise une tâche, même sans certification, ne signifie pas pour autant qu’une personne détienne ou maîtrise pleinement ou entièrement un langage. Le savoir, dans un champ de connaissance donné, est dynamique. Chaque jour, une nouvelle découverte ou une application inédite vient ajouter un nouvel élément. Une personne qui cesse d’apprendre sera dépassée et ses compétences deviendront inutiles, non seulement parce qu’elle ne comblera pas les lacunes de sa formation, mais aussi parce qu’elle perdra peu à peu la maîtrise des langages dont elle se sert chaque jour. L’impact de cette dernière situation est plus accentué dans les tâches complexes faisant appel à plus de connaissances que dans les tâches plus simples.

Au sujet de la maîtrise des langages, notons qu’il peut être socialement acceptable d’avouer que l’on ne comprend rien à la mécanique, à l’art moderne ou que l’on ne pratique aucune activité physique. Compte tenu de l’importance des intelligences linguistique et logico-mathématique dans notre société, il est cependant, beaucoup plus difficile, d’avouer que l’on ne sait pas lire ou appliquer une proportion à une quantité. Assez curieusement, si l'ignorance musicale ou artistique est suffisamment répandue pour permettre d'avouer sans honte ses limites, il est plus difficile de faire le même aveu au regard du calcul ou de la lecture à cause du jugement qui sera porté. Pourtant ce sont des analphabètes ou des illettrés. L’analphabétisme c’est le lot d’une personne qui ne sait ni lire ni écrire suffisamment le langage propre à une intelligence, pour faire face aux exigences de la vie adulte. Elle peut aussi être illettrée, c’est-à-dire que, même si elle est en mesure de lire ou d’écrire dans un langage donné, elle ne comprend pas nécessairement le sens des messages auxquels elle est soumise parce qu'elle n'est en mesure de décoder compte tenu de son niveau de maîtrise du langage. En fait, à titre d'exemple, il ne suffit pas de pouvoir lire et écrire en français et en anglais, il faut aussi pouvoir comprendre ce que l’auteur, au-delà des mots, veut dire.

Cette situation est le résultat du processus de développement biopsychologique propre à chaque intelligence. Sous l'effet des processus biologiques, le cerveau grandit et se structure. Cette structuration est influencée par les facteurs psychologiques que sont les stimulations qui éveillent et dynamise le cerveau. La nature et la variété des stimulations sont importantes. Cependant, il importe de mettre en évidence qu'il est quasiment impossible d'obtenir des stimulations conséquentes permettant de développer l'ensemble des huit dimensions de l'intelligence à un seuil de maîtrise. Cela s'explique d'abord par le milieu dans lequel une personne baigne. Ce milieu, par exemple la famille, est marqué par les intérêts des parents (et leurs limites). De ce fait, un enfant découvrira et explorera certaines dimensions de l'intelligence et pas d'autres.

DE 0 à 5 ANS

À la naissance, le cerveau est loin d’avoir complété son développement biologique. Il continuera à croître jusqu’aux environs de huit ans. Il atteindra alors sa taille adulte. En parallèle, on verra les différentes zones du cerveau se structurer afin de remplir leurs rôles respectifs. Cette organisation est dépendante des apprentissages réalisés qui feront en sorte que le réseau neuronal d’une région sera plus ou moins élaboré. Même s’il est encore en croissance, le cerveau est, dès la naissance, déjà disponible à l’apprentissage. La nature fait en sorte que tout soit encore possible, et ce, même pour ceux qui sont affligés de certaines limitations.

Le cerveau des jeunes enfants est « plastique ». La plasticité est la démonstration de la capacité adaptative du cerveau qui exploite de nouvelles zones lorsqu’un accident le frappe : un aveugle voit par les sons, son ouïe s’affine, un sourd peut entendre en lisant sur les lèvres. Plus une personne est jeune, plus il est facile à son cerveau de s’adapter. Il arrive même, chez les plus jeunes, qu’une affection sévère dans une zone du cerveau propre à une intelligence soit complètement compensée par ce phénomène, une autre région du cerveau étant sollicitée. Chez l’adulte, ce phénomène compensatoire est inexistant. Cela est rendu possible à la fois par la croissance du cerveau et par la présence d’un réseau neuronal surdéveloppé.

Il faut aussi être conscient que les intelligences se développent souvent de concert. Il est en effet très rare qu’une activité ne stimule qu’une seule et unique intelligence. Lorsque l’enfant bricole, il œuvre aussi au développement de sa motricité fine, les intelligences spatiale / visuelle et kinesthésique sont en cause. Par exemple, lorsqu'un adulte répond aux questions d’un enfant cela influence le développement de son autonomie (interpersonnelle) tout comme lorsqu'un enfant est impliqué dans une activité de recherche cela l’introduit à l’approche scientifique (logico-mathématique), de même lorsqu'il écoute des chants d’oiseaux, son cerveau se structure au regard des intelligences naturalistes et musicales.


Durant cette période les différentes zones du cerveau se structurent afin de remplir leurs rôles respectifs. Cette organisation est dépendante des apprentissages réalisés qui feront en sorte que le réseau neuronal d’une région sera plus ou moins élaboré. Le travail se fait peu à peu, certaines zones étant en veille ou mûrissant plus lentement.

Vers trois ans l’hippocampe arrive à maturité ce qui permet de commencer à former des souvenirs.

Le tableau qui suit résume succinctement les acquis généraux qu’un enfant de six ans pourrait avoir en regard des différentes intelligences. C’est le début de la démarche d’alphabétisation pour chacune des intelligences. Dans les faits, rares sont les enfants qui ont tous ces acquis.


Logicomathématique

Distinction de la réalité quantitative; perception du zéro
Linguistique
Émergence des habiletés langagières : parler, écouter, comprendre
Musicale
Distinction des rythmes
Spatiale
Perception de l’espace, des formes et des couleurs
Kinesthésique
Acquisition des mouvements réflexes, coordination des mouvements
Naturaliste
Sensibilité aux autres formes de vie
Intrapersonnelle
Reconnaître ses sentiments, ses besoins
Interpersonnelle
Reconnaître les sentiments et les besoins des autres


DE 6 À 11 ANS

Vers sept ans, ce sont les capacités d’attention qui deviennent disponibles. Entre six et onze ans, l’arborescence neuronale éclate, les connexions se multiplient. Les apprentissages stimulent ce foisonnement. Les premières années de l’école primaire sont, à cet égard, tout à fait particulières. Il y a peu de périodes comparables dans tout le cycle de l’apprentissage humain. En effet, un enfant apprend à lire, à écrire et à réaliser des opérations mathématiques de base, et ce, sur un cycle d’environ deux ou trois ans. S’ajoutent à cela d’autres apprentissages fondamentaux associés aux autres intelligences. C’est dire l’importance de ces premières étapes au regard de la suite du processus scolaire.

Le jeune, issu du primaire, est loin de maîtriser ces langages. En fait, il a probablement acquis un minimum acceptable du côté de l'intelligence linguistique et logico-mathématique. Il a acquis des rudiments en matière de musique, d’art et de relations avec autrui. Pour le reste, il demeure plutôt un analphabète, incapable de comprendre ou d’évaluer l’information transmise.

L'ADOLESCENCE

Au début de l’adolescence, le cerveau amorce son travail de maturation qui prolonge jusqu’aux environs de 21 ans le travail d’élagage des connexions inemployées. Progressant de l’arrière vers l’avant du cerveau, l’élagage se termine par le cortex préfrontal. C’est donc dire que certaines zones deviennent matures plus rapidement. Les fonctions ayant trait à la vision, au toucher, à l’audition et à la perception de l’espace sont de celles-là. En fait, nous sommes à une étape critique; le cerveau en s’élaguant, devient plus efficace, mais sa capacité d’apprentissage s’amoindrit, tout comme sa plasticité. Plus l’adolescent est confronté à des expériences variées, plus il exploite ses différentes potentialités, plus il est actif, plus les probabilités du maintien des connexions neuronales existantes sont grandes, et meilleures seront ses capacités d’apprentissage. En fait, un réseau important induit des perspectives d’interconnexions plus grandes, ce qui est susceptible de permettre de créer des approches inédites de résolutions de problèmes ultérieurement.

Illustrons l’impact du processus de maturation du cerveau sur le comportement adolescent. Le cortex préfrontal est la dernière région du cerveau à mûrir. Celle-ci est le siège des fonctions « exécutives » : prévoir, fixer des priorités, organiser ses pensées, réprimer ses impulsions, peser les conséquences de ses actes, somme toute, il s’agit de la capacité à prendre des décisions en prenant en compte un grand nombre de facteurs. Cela explique pourquoi les adolescents ont un mode de pensée à court terme. À d’autres moments, compte tenu du processus de maturation de la zone concernée, l’adolescent peut aussi avoir de la difficulté à reconnaître les émotions. Il peut prendre l’expression de la peur pour de la colère, la confusion pour de la tristesse. Il peut percevoir de l’hostilité où il n’y en a pas. Tout cela pour dire que si l’adolescent est un être complexe, de bonnes explications existent.

Un néologisme est né pour les distinguer les jeunes de 18 ans et plus, on parle d’« adulescent ». Il est adulte par l’âge, mais il a des comportements d’adolescents. Pour plusieurs d'entre eux, le séjour dans le milieu familial se prolonge parce qu’ils n’ont pas encore atteint un niveau de maturité suffisant pour quitter le milieu familial ce qui s’observe davantage chez les garçons que chez les filles. Cela s’explique notamment par la dépendance découlant de la fréquentation scolaire qui excède dans bien des cas 20 ans, mais aussi par le niveau de maturité du cerveau en ce qui a trait à la prise de responsabilités. La maturation se poursuit afin de faire face à une vie plus complexe et plus longue. Les jeunes ne sont pas pressés de voler de leurs propres ailes et d’assumer toutes les responsabilités de la vie d’adulte. Ils optent pour une approche progressive.


LA MATURITÉ

Devenir adulte, c’est acquérir plusieurs formes de maturité : celle de son identité sexuelle, celle de son identité sociale, celle de son identité économique, celle de son identité intellectuelle, celle de son identité culturelle. En parallèle, l’adolescent complète son développement physique. Vue sous cet angle, l’adolescence apparaît assez fascinante. L’adolescent doit lutter pour réussir à franchir ces étapes. Chacun le fait à son rythme en privilégiant une maturité plutôt qu’une autre. Ici, encore, chacun se distingue de son voisin.

Au début de l’âge adulte, le cerveau a terminé son travail d’élagage. Il est devenu un outil efficace. Il continue de développer l’efficience de l’ensemble, en accroissant le volume de la gaine des neurones. Plus cette dernière est épaisse, plus la transmission de l’influx nerveux et de l’information, se fait rapidement. Cette croissance se poursuit jusqu’au début de la quarantaine. À compter de cet âge, les différentes intelligences commencent à décliner, chacune à son rythme. L’intelligence logico-mathématique est celle qui vieillit le plus rapidement. Notons cependant qu’il est possible de retarder le processus en demeurant actif, c’est-à-dire en sollicitant ses intelligences par différentes activités, telles la lecture, l’activité physique ou une vie sociale et créative. Le secret est donc de garder son cerveau alerte afin de maintenir vivants les contacts neuronaux qui l’animent.

Ce que nous savons du développement de l’intelligence porte à croire que tout être humain peut poursuivre son développement durant une bonne partie de sa vie. La quarantaine semble cependant marquer un seuil pour bien des individus, un seuil à deux niveaux. Le premier a trait à l’acquisition de nouvelles compétences qui devient plus difficile, plus ardue. Le second porte sur l’univers professionnel. En effet, il semble qu’une majorité de personnes de ce groupe d’âge occupe un emploi en accord avec leurs capacités… autrement dit leurs intelligences. Cela s’explique aussi par le fait qu’une personne poursuit ses apprentissages en emploi et, conséquemment, développe ses compétences. On observe aussi que plusieurs personnes acquièrent à l’extérieur de leur milieu professionnel de nouveaux savoirs qui finissent par remettre en question l’emploi qu’elles occupent. Autrement dit, le profil d’intelligence d’une personne est dynamique, il évolue. Le rythme d’évolution varie, mais il y a toujours progression (ou régression lorsque la personne vieillit).