UN ESSAI DE TAXONOMIE SPÉCIFIQUE
AUX INTELLIGENCES MULTIPLES


Cet essai prend racine dans les travaux de Gardner et constitue, en quelque sorte, une forme de prolongement des conditions qu’il pose à chaque intelligence candidate. L’intelligence est un potentiel. Elle s’exprime dans un système symbolique et dans des opérations spécifiques dont l’histoire porte les traces. Elle donne lieu à des productions exceptionnelles tant chez des déficients profonds que chez des êtres d’exceptions. Cela contribue à définir les deux extrémités d’un continuum.

Les résultats paraissant ici constituent une première version qui arrive à témoigner d’une démarche d’apprentissage spécifique à chaque intelligence. De l’analphabétisme à la création propre à un langage et à une intelligence, il y a une démarche, il y a des processus que cet essai illustre. Quoi qu'il en soit, la production de cette taxonomie nous aide à mieux comprendre l’apprentissage et à le guider.

Pour chaque intelligence, on distingue cinq niveaux et pour chacun des niveaux, trois verbes d’action ont été retenus. Chaque verbe d’action ne revient qu’une fois. Donc 120 verbes d’action susceptibles de produire des objectifs d’apprentissage visant une progression de ces mêmes apprentissages et de cerner la réalité propre à chaque intelligence afin de témoigner des principaux procédés.

Les 5 niveaux

Le premier niveau est celui de l’apprivoisement. C’est celui des premiers pas, c’est celui des émotions que suscite une situation, un objet ou une production. La personne n’est pas en mesure de saisir la portée et la signification de ce qu’elle entend ou voit. La personne est analphabète. Elle perçoit les signes, mais elle est incapable de les décoder.

Le second niveau est celui de la découverte. La personne s’initie au langage, elle en acquiert les rudiments de bases. Elle est en mesure de décoder les éléments les plus simples, les plus usuels. Ce niveau permet de s’exprimer, mais avec des limites. La personne est illettrée. Elle décode les signes, les associe sans pouvoir toujours comprendre la signification de ce qu’elle a pu « lire ».

Le troisième niveau est celui de l’expression. La personne maîtrise suffisamment le langage pour exprimer des messages ou des informations qui reproduisent des savoirs existants. La personne qui est à ce niveau a atteint le seuil de base de la littératie spécifique à cette intelligence et au langage qui y est associé.

Le quatrième niveau, celui du partage, implique un niveau de maîtrise suffisant d’un langage pour produire de nouvelles variantes de ce même langage. Il y a donc production de savoirs, mais un savoir qui est de l’ordre de l’évolution. La personne qui atteint ce seuil a développé des habiletés et des compétences suffisantes pour lui permettre de proposer une nouvelle lecture ou une nouvelle interprétation du langage.

Le cinquième niveau est celui de la création. La création implique une nouvelle production de sens, il y a un effet de rupture au regard de la situation antérieure. La création diffère donc du niveau précédent par un apport résolument innovant, un nouveau savoir, une conception, une théorie, une œuvre qui tranche, qui dérange.

« La créativité (…), suppose que l’on soit capable de faire œuvre originale, de se détacher des regards habituels sur les choses, de se mouvoir librement dans le royaume de l’imagination, de créer et de recréer pleinement des mondes dans son esprit – tout en surveillant chacune de ces opérations d’un œil critique. La créativité a donc quelque chose à voir avec la vie intérieure – avec la réceptivité aux idées nouvelles et aux sensations fortes.»
Sacks, Oliver. Un anthropologue sur Mars. Paris, Seuil, 1996. P. 318.

Si nous devions assimiler cet essai à un cycle de scolaire, nous pourrions dire que la fin des études secondaires (sans spécialisation) mène au seuil du troisième niveau. Ce dernier constitue le seuil d’accès à un métier ou à une occupation technique. Le premier cycle universitaire serait à cheval entre « exprimer » et « partager ». Les études avancées pourraient permettre, selon le cas, d’aller jusqu’à la création.

Les 120 verbes d’action descriptifs des intelligences multiples


Apprivoiser
Découvrir
Exprimer
Partager
Créer


Intrapersonnelle

Rêver
Ressentir
Méditer
Choisir
Peser
Jauger
Évaluer
Juger
Corriger
Objectiver
Intégrer
Résilier
Être
Valoriser
Personnaliser
Interpersonnelle
Percevoir
Réunir
Grouper
Échanger
Partager
Argumenter
Communiquer
Publier
Convaincre
Coopérer
Enseigner
Organiser
Sympathiser
Refléter
Émouvoir
Linguistique
Écouter
Entendre
Parler
Lire
Comprendre
Écrire
Dialoguer
Raconter
Répondre
Reformuler
Traduire
Débattre
Élucider
Exprimer
Éditer
Logico-mathématique
Compter
Examiner
Quantifier
Opérer
Résoudre
Raisonner
Déduire
Spéculer
Prouver
Modéliser
Généraliser
Symboliser
Abstraire
Inférer
Prédire
Kinesthésique
Bouger
Danser
Goûter
Toucher
Sentir
Mimer
Réagir
Exprimer
S’impliquer
Contrôler
Planifier
Diriger
Agir
Construire
Fabriquer
Musicale
Apprécier
Discerner
Auditionner
Décoder
Chanter
Rythmer
Accorder
Produire
Jouer
Évoquer
Arranger
Interpréter
Composer
Critiquer
Diriger
Spatiale
Colorer
Regarder
Voir
Figurer
Dessiner
Relier
Orienter
Appliquer
Pasticher
Symboliser
Concevoir
Visualiser
Créer
Inventer
Imaginer
Naturaliste
Récupérer
Observer
Scruter
Apprivoiser
Respecter
Recycler
Analyser
Expliquer
Produire
Classer
Groupe
Trier
Systématiser
Généraliser
Structurer