DIFFICULTÉS D'APPRENTISSAGE

Gardner, dans ses conditions pour reconnaître une intelligence, aurait pu ajouter un autre critère qui est celui de l’existence d’une « pathologie » ou de troubles qui sont associés à une intelligence. On entendra par cela une forme d’affection qui est détectable lorsqu’une personne a recours à une intelligence donnée, du moins lorsqu'elle tente d'exploiter les ressources de cette dernière. L’origine peut-être génétique ou acquise à la suite d’un accident ou d’une maladie.

Si un handicap physique est évident, ce n’est pas toujours clair pour les différents troubles. En effet, la surdité ou la cécité sont facilement observables, mais qu’en est-il d’une dyslexie, du syndrome d’asperger ou d’une amusie ? Tout comme pour la surdité ou la cécité, ces troubles peuvent être plus ou moins développés. On conviendra donc que, dans certains cas, le problème est évident et que dans d’autres, compte tenu du niveau, le trouble n’est pas aisément discernable. Il arrive aussi qu’un trouble ne soit jamais diagnostiqué parce que la personne n’exploite pas l’intelligence concernée. Cela pourrait être le cas, par exemple, dans l’expression de l’intelligence musicale. Il est possible de vivre une vie normale tout en étant amusique ce qui n’est pas le cas pour une personne dyscalculique.

Comme pour tout « handicap », la personne apprend à vivre avec son trouble. Elle compense par le biais de ses autres intelligences, comme une personne aveugle qui voit avec ses oreilles ou pour un sourd qui lit sur les lèvres. Cette compensation dépend de la personne, la manière dont la personne s'adapte n’est pas universelle. En effet, l’intelligence se développant sous l’influence de stimulations et que chaque personne reçoit et traite d’une manière distincte ces dernières, il en résulte des capacités, des « niveaux » d’intelligence distincts.

La mise en œuvre d’un processus de contournement cognitif dans le cerveau peut être induite par un apprentissage s’appuyant sur un accompagnement professionnel. Il peut aussi être le fait de la personne qui, par le biais d’un acte métacognitif, décode son « handicap » et la manière de faire pour éviter, pour contourner, cette difficulté. Le résultat est évidemment qu’une autre zone du cerveau se développe. Il importe cependant de dire qu’il est quasiment impossible de guérir de ces troubles qu’il vaut mieux éviter de croire les personnes qui pourraient affirmer le contraire. Un sourd pourra entendre, du moins partiellement, un aveugle pourra récupérer un peu de vision, tout cela au terme d’une intervention chirurgicale complexe. Notre connaissance du cerveau est tellement embryonnaire qu’il est illusoire de croire que l’on pourrait assurer la guérison par une intervention.

L’impact des troubles est plus complexe qu’il n’y paraît. Outre la comorbidité (présence d’un autre trouble) il y aussi l’impact sur les intelligences personnelles. L’estime de soi et la confiance en soi s’en trouvent affectées chez bien des enfants que leur « différence » rend vulnérables au quotidien lors de l’exploitation de l’intelligence concernée. Le problème survient avec le temps à force de se retrouver dans une situation ou la personne est inadéquate alors que les autres le sont. La chose est encore plus difficile à vivre lorsque l'enfant ou la personne ne connaissent pas la source de ces difficultés et que son entourage, ses éducateurs par exemple, ignore aussi le handicap de l'enfant. Ils ont tendance à avoir des attentes inappropriées ce qui finit par affecter l'enfant.

L’intelligence trompe la personne, mais, faut-il s’en émouvoir ? Étant dyslexique, je puis affirmer que c’est loin d’être affligeant. Il est certain que le trouble provoque des ennuis, petits et grands, avec lesquels il faut apprendre à vivre, mais, par ailleurs, cette difficulté fait aussi partie de la personne. Elle le définit. Bien des personnes affligées d’un trouble finissent par l’accepter (ont-elles le choix ?) et ne souhaitent pas s’en défaire. Le trouble a pour effet de bonifier d’autres aspects du cerveau et ces capacités sont utiles au point de faire de l’ombre au trouble qui prend moins d’importance.

Les troubles introduisent un filtre ou un frein qui génère de l’inhibition ou une activation
Les troubles affectent la perception et/ou la discrimination. Elles touchent la mémoire.

Intrapersonnelle

Alzheimer
Dépression
Schizophrénie
Troubles bipolaires
Anxiété
Trouble obsessionnel compulsif (TOC)
Déficit attention (TDA)
Hyperactivité (TDA/H)
Agnosie (aveuglement mental)
Interpersonnelle
Autisme
Asperger
Logico-mathématique
Dyscalculie
Linguistique

Dyslexie
Dysorthographie
Aphasie
Hyperlexie
Alexie (incapacité de lire)
Dysphasie
Dyspraxie
Dysgraphie
Kinesthésique
Parkinson
Dystrophie
Sclérose
Infirmité motrice
Paralysie
Dyspraxie
Proprioception (difficulté liée à la)
Gilles de la Tourette
Épilepsie
Visuo-spatiale
Daltonisme
Achromatie
Albinisme
Cécité
Musicale
Amusie
Surdité
Naturaliste
Phobies
Note : tableau en construction

Les travaux d'Oliver Sacks présentent de nombreux exemples de cas de personnes affligées d'un handicap qui s'y sont adaptés.. Parmi ses différentes publications, celle-ci présente plusieurs cas: Sacks, Oliver. Un anthropologue sur mars. Sept histoires paradoxales. Paris, ed. du Seuil, 1996. 460 p. Parmi ces histoires, Voir et ne pas voir (pp. 165 à 222) raconte le cas d'un aveugle qui recouvre la vue et finit par préférer sa cécité; Le peintre qui ne voyait plus les couleurs (pp. .23 à 80) raconte le cas d'un peintre qui a perdu le sens de la couleur et qui s'adapte positivement à ce handicap; Une vie de chirurgien raconte l'histoire d'un chirurgien affecté du syndrome de La Tourette (pp. 125 à 164).